lundi, juillet 02, 2007

Petite réflexion sur les résultats des législatives en France

Une fois de plus, le résultat de ces élections prouve le caractère nocif du mode de scrutin majoritaire à deux tours pour les candidats issus de l'immigration non européenne et des DOM-TOM (quel que soit le nom qu'on leur donne).

La technique qui a consisté, à l'UMP comme au PS, à "réserver" des circonscriptions pour des candidats de ce type, par conséquent "parachutés" contre la volonté des sections locales, prouve que les responsables de ces partis sont bien conscients du conservatisme de leur base sur ce plan, et qu'il il est illusoire de s'attendre à l'émergence "naturelle" de tels candidats à court terme.

On constate par ailleurs que sur une trentaine de candidats PS ou UMP issus de l'immigration non européenne et des DOM-TOM seuls 3 (PS) étaient présentés dans une circonscription déjà détenue par leur parti, et que dans 2 de celles-ci ce sont des dissidents du même parti qui l'ont emporté.

Ces partis doivent s'interroger sur leur mode de fonctionnement interne qui ne promeut manifestement pas le renouvellement et la "diversification" des dirigeants. On peut par ailleurs s'étonner de certains cumuls, qui ne favorisent certainement ni la "diversité" ni le renouvellement, entre mandats parlementaires et présidences ou vice-présidences de régions.

Enfin, par comparaison avec la Belgique, le député belge le plus âgé dans la nouvelle assemblée a 69 ans, et la moyenne d'âge des candidats était située entre 40 et 50 ans ( http://elections2007.belgium.be/fr/cha/stats/stats_entity.html ), l'âge moyen des députés belges pendant les législatures 1999-2003 et 2003-2007 était de 47 ans, en 2006 il n'y avait que 18 députés sur 150 âgés de 60 à 68 ans ( http://www.lachambre.be/kvvcr/pdf_sections/pri/fiche/10F.pdf ). En France, l'âge moyen des élus est de 55 ans, et 10% d'entre eux ont plus de 65 ans, 13 députés ont même entre 70 et 80 ans ( http://www.assemblee-nationale.fr/13/tribun/ca2.asp ).

Au PS belge, l'article 68 des statuts prévoit que "La limite d'âge pour toute candidature à un quelconque mandat est fixée impérativement à 65 ans au jour du scrutin électoral (communal, provincial, régional, communautaire, fédéral ou européen) ou de la désignation pour les mandats qui ne sont pas pourvus par élection." ( http://www.ps.be/_iusr/statuts_ps_2006_09_03_articles_23_et_36.pdf )

3 commentaires:

melodius a dit…

Ne penses-tu pas que ces candidats jouent un peu le rôle de certaines injections qu'on te fait avant de te passer sous des scanners, et qui "colorient" la photo ? En d'autres termes, je me demande si là où tu vois une discrimination "raciale", il n'y a pas tout simplement un indice de la fermeture du monde politique, qui ne permet de décoller qu'à ceux qui font partie du sérail.

Le vrai test sera aux prochaines élections, quand se présenteront les "nouveaux Français" que Sarko a co-optés, tels Rachida Dati par exemple.

PYL a dit…

Je crois qu'il y a plusieurs facteurs qui jouent, mais fondamentalement c'est un problème de gestion de la diversité ethnique post-coloniale en métropole. Il faudra de toute façon des analyses plus fines et sur le long terme, je pense notamment à une analyse systématique des candidatures non marginales (à estimer sur base des résultats de l'élection précédente dans la même circonscription) aux élections cantonales et législatives (les deux élections majoritaires à deux tours) sur 15 ou 20 ans, y compris les partielles.

PYL a dit…

De toute façon, il faut avoir un ancrage local suffisamment fort du candidat avant de se lancer dans une bataille électorale avec ce système, ou alors une notoriété nationale suffisamment importante (comme Jack Lang en 2002, maire de Blois puis parachuté candidat-député à Boulogne-sur-mer).

Quelqu'un comme Abdel-Madjid Sadi (PCF) a obtenu 40% aux législatives, il est déjà adjoint au maire et a réussi à se faire élire conseiller général, donc au scrutin majoritaire. Si l'année prochaine, ou à un moment entre 2008 et les élections législatives de 2012, il devenait maire, cela lui donnerait certainement un ancrage encore plus fort, une visibilité plus grande, et des chances accrues de l'emporter. Le même raisonnement vaut pour Fawaz Karimet, qui présente le même profil dans l'Aisne mais a été éliminé par un dissident PS âgé qui voulait à tout prix rester assis sur son siège.

Par contre, les expériences de candidatures catastrophiques de Malek Boutih et de Fodé Sylla, et avant eux d'Harlem Désir, aux législatives, montrent que la notoriété seule n'est pas suffisante.